Chutes de verre, morceaux de papier recyclés : je façonne ces éléments humbles avec la technique de vitrail Villatoro, qui s'affranchit du plomb et de la soudure au profit d'une pâte de papier que je sculpte, pour créer des œuvres aux formes libres et organiques, nées du dialogue direct avec la matière.


Je travaille en priorité à partir de ce que l'on jette, de ce que l'on ne regarde plus.
Face à cette perte,je cherche à recueillir et à faire à ce qui disparaît une place que le monde ne lui accorde plus : une dimension sacrée, non pas religieuse, mais faite d'un respect intime pour ce qui vit. J'emprunte au vocabulaire liturgique, non pour convoquer une foi, mais pour réveiller une mémoire commune, consciente ou non.
Ce qui traverse mon travail en profondeur, c'est une forme d'obsession : celle de la perte de la biodiversité.
L'écorce s'est imposée comme motif : surface de transformation, mémoire du vivant, vestige d'un sacrifice silencieux. La pâte de papier, fibre de bois à l'origine, se reconstitue en surface comme un retour à la source, et forme des fragments végétaux et des strates géologiques, comme s'ils avaient été écorchés, fossilisés.
L'écorce, c'est aussi ce qui protège. Ici mise à nu, elle redevient fragile, et émeut par sa finesse et sa légèreté.
Les œuvres ne s'activent pleinement qu'à la lumière.
Elle révèle des éclats colorés éphémères sur les surfaces environnantes, et réanime ce qui semblait figé.
Comme une sève qui circulerait encore.

